Dr Pruneau, DPhil (Oxon)

Publié le par Pruneau

Je vais devoir changer le nom de ce blog : depuis quelques mois, je ne suis plus Outre-Manchot (à moins de changer de point de vue, évidemment). Ceux qui ont bien suivi sauront que j'étais Outre-Manche pour ma thèse et que ma traversée définitive signifie donc que je l'ai soutenue, il y a maintenant huit semaines (j'ai pris mon temps pour rédiger ce billet...).

Quelques semaines avant ma soutenance, j'avais été voir une autre soutenance (à Paris IX), pour voir à quoi ça ressemblait. Une soutenance de thèse française se fait devant un jury d'une demi-douzaine de personnes, dont deux ont déjà rédigé un rapport et les autres sont loin d'avoir lu toute la thèse. Le candidat a donc une assez bonne idée de la sauce à laquelle il va être mangé. Tant que la sauce est bonne, il invite tous ses amis Facebook ainsi que ses deux grands-mères à venir le voir présenter ses travaux, et le suspense est assez limité. Pour être honnête, je ne suis pas certain que la soutenance soit vraiment nécessaire, si ce n'est pour s'assurer que tous les membres du jury sont réunis dans une même pièce et pour que tout le monde aille boire ensemble à la fin.

En Angleterre, ça ne ressemble pas à ça. Déjà, histoire de rendre tout ça un peu plus décontracté, le candidat et les examinateurs sont en sub-fusc (donc nœud papillon blanc, entre autres). Il n'y a que deux membres du jury (un d'Oxford et un d'ailleurs), et même si les invités sont officiellement admis, il n'y en a jamais et de toute façon il n'y aurait pas la place dans la salle. Ce qui n'est pas plus mal, puisque la soutenance était technique et peu susceptible d'intéresser ma grand-mère.

La première impression est capitale, à ce qu'on dit. Dans le mémoire de thèse, c'était raté : il y avait peu de fautes de frappe, mais il y en avait une sur la première page (et une à la fin de la conclusion, d'ailleurs). Décidé à faire mieux, j'arrive tout sourire et leur serre la main de manière franche mais humble. Première phrase de l'examinateur "interne" (prof à Oxford) : "notre tâche aujourd'hui est de vous ôter ce sourire des lèvres". Heureusement, ce n'était qu'une espièglerie : sa deuxième phrase a été "mais nous avons tous les deux beaucoup aimé cette thèse". Il n'empêche : je n'étais pas d'humeur espiègle.

Le second examinateur est encore plus un grand ponte que le premier ; il est notamment Fellow de la Royal Society, ce qui est comparable à être membre de l'Institut. J'avais donc à la fois peur qu'il soit beaucoup trop intelligent et peur qu'il n'ait pas vraiment lu ce que j'avais écrit. En fait, il m'a dit à la fin avoir passé trois jours entiers à la lire et en effet, il avait l'air de la connaître quasiment par cœur.

Je vous passe les détails de la soutenance, qui a consisté à passer chaque page de la thèse en revue pendant environ deux heures trente. Par chance, les aspects les plus complexes étaient dans le chapitre 2 et ont donc été abordés quand nous étions tous bien en forme.

Tout s'est bien passé, merci de demander. À la fin d'une soutenance anglaise réussie, le jury donne une liste de corrections à effectuer, qui peuvent aller de "corriger la faute de frappe à la page 38" (temps nécessaire : 6 secondes) à "écrire un chapitre supplémentaire sur tel sujet" (temps nécessaire : 6 mois) ; dans certains cas, une seconde soutenance est nécessaire. Pour moi, les corrections sont plutôt simples, ce qui n'est pas plus mal parce que sinon, je ne vois pas comment j'aurais le temps de bloguer.

Surtout, après trois ans de thèse, je ne suis plus Mr Pruneau, mais Dr Pruneau, DPhil (Oxon). Les lettres post-nominales indiquent d'une part la thèse (doctor philosophiæ, que beaucoup d'université plus récentes ont changé en philosophiæ doctor ou PhD, mais Oxford a gardé la version d'origine) et d'autre part l'université d'obtention (Oxoniensis). Du moins en Angleterre : en France, ça ne se fait pas d'utiliser le titre de Docteur, à moins d'être Docteur en médecine, mais dans les autres pays, les gens accordent bien plus d'importance à l'utilisation du bon titre.

Publié dans Ma vie ma thèse

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Viviane 22/03/2010 16:50


Me voilà stupéfaite ! J'ai toujours cru que dans un article, PhD signifiait Docteur en Physique et MD Docteur en médecine; tous les PhD sont-ils des Phil doc ? Et finalement ça veut dire docteur en
philosophie ou pas ? Eclaire moi !


Pruneau 22/03/2010 17:15


Dans PhD, le Ph représente bien la philosophie. Au Moyen-Âge, la philosophie, c'était tout ce qui n'était pas de la médecine, du droit ou de la théologie : c'est la "philosophie naturelle", qui
inclut notamment toutes les sciences. Tu peux donc être MD (médecine), JD (droit), ThD (théologie) ou PhD (tout le reste).

À Oxford, et sans doute ailleurs, il est possible d'obtenir d'autres titres, genre Doctor of Chemistry, mais ce sont uniquement des doctorats honorifiques, auxquels le commun des étudiants n'a donc
pas accès.


drag0nfly 22/03/2010 07:30


Et bien félicitation ! :)


Cox 11/03/2010 10:03


J'imagine ne pas être la seule à voir une similitude avec Dr Jekyll, Mister Hyde !

Vas-tu utiliser le titre de Professeur comme Ross ? ^^


chooser 10/03/2010 23:18


Félicitation :) Dr robin :)